Ma catégorie Dentiste renait de ses cendres. Je passe sur la proportion infinitésimale de "mes" lecteurs à qui cela évoque quelque chose. Nouvelle vie, nouvelle ville, nouveau dentiste ("Der Zahnarzt"), nouvelles looses.
En décembre, j'ai perdu une dent. Plus précisément, une couronne sur pivot s'est déchaussée en plein repas avec les collègues. Après m'être éclipsé très discrètement de table sans rien laisser transparaitre direction les toilettes, avoir rincé et emballé ladite couronne, je suis revenu à table en déclarant "it's ok I just lost a tooth".
Me voici un mois plus tard avec un rendez-vous chez le dentiste d'un collègue, dont ce dernier est très content. Après avoir religieusement travaillé l'itinéraire du bureau au cabinet, je quitte l'université à 11h15 (le rendez-vous étant à 12h). Erreur : j'ai (très stupidement) oublié de noter le nom du médecin chez qui j'allais. Après avoir trouvé l'adresse avec une facilité déconcertante malgré la topologie capricieuse (la rue faisant le tour d'un micro-pâté de maisons au nombre de côtés indéterminé avant de tracer sur des kilomètres jusqu'au centre), j'entre dans le cabinet de médecine dentaire à 11h45. La communication approximative avec l'assistante de corvée d'accueil me permet de comprendre que mon nom ne figure pas sur le planning, et que j'ai dû me tromper.
À ce moment précis, le raisonnement que je fais est le suivant : Ces itinéraires, c'est pas fiable. Le programme a peut-être simplement pris le numéro le plus proche qu'il connaissait. Conclusion directe : mon dentiste peut être n'importe où dans la rue. Après un rapide passage à la pharmacie, je trouve un second dentiste à proximité. Naturellement, je ne suis pas inscrit au registre des rendez-vous. L'assistante (putain de machisme) me signale un vague dentiste existant potentiellement plus en amont, je pars donc à sa recherche. Après quelques errances, je me dis que ça peut durer longtemps, puis je retourne à tout hasard à la première adresse, histoire d'être bien sûr de mon échec avant de rentrer bredouille. Entretemps, l'assistante préposée à l'accueil a changé. Je vois passer environ huit personnes différentes, toutes aussi charmantes et mises en valeur les unes que les autres (sous-vêtements blancs + vêtements blancs = en avant les formes), mais la seule qui a le temps de s'occuper de moi est également la seule à ne pas parler anglais. Cela me laisse le temps de fantasmer sur les poignées de porte de ce dentiste (bientôt une photo sur ce blog). Après vingt minutes d'attente, une autre assistante s'occupe de mon cas. "Ah it's your first time here ? Then yes, you are on the planning". Autrement dit, dans le planning, à "12h", n'était pas écrit mon nom, mais bien "nouveau client". Connasse.
Il est 12h30, j'ai réussi à arriver 45 minutes en retard à un rendez-vous auquel j'étais 15 minutes en avance, tout en crevant de chaud en janvier à Vienne. J'ai alors le temps de méditer sur les différences fondamentales entre les cabinets dentaires en France et en Autriche. Ici le Docteur est assisté d'une chiée de bonnasses sus-présentées, qui courent dans tous les sens et mettent de la vie un peu partout. Elles sont également capables de prendre une radio de mes dents toutes seules, ce qui me vaut une fausse joie la première fois que je suis appelé.
Finalement, à 13h, je rencontre enfin Der Doktor. Je lui explique mon cas, lui tend ma couronne conservée dans un sopalin (et décrassée à l'eau les jours précédents, mais il ne le sait pas), et m'installe. Trois nymphes assistantes sont également là. Je ne vois pas le docteur nettoyer ma dent. En revanche, lorsque j'entends un ploc sur le sol, je vois une des assistantes se marrer. Environ 3 secondes plus tard, je le vois enfoncer la résine nomade dans ma gencive, ce qui me laisse assez dubitatif sur le temps passé en nettoyage, une fois déduites les durées nécessaires pour se baisser, ramasser le petit objet sur un sol glissant, se relever, ouvrir ma bouche, et viser. Finalement il retire la couronne, me badigeonne de colle-ciment-whatever, m'enfonce la prothèse bien profond, me demande de serrer les dents un quart d'heure, et fuit vers une autre salle. Les minutes suivantes et les allées et venues persistantes me permettront de comprendre qu'il gère trois patients en même temps, chacun dans une salle dédiée. Apparemment ici ça se fait beaucoup.
Le temps passe, je serre, j'ai de plus en plus mal. Les assistantes charmantes et souriantes me permettent de tenir le coup, même si j'ai l'impression que toute ma mâchoire va exploser sous la pression du pivot. Je commence à me dire qu'il y a forcément une récompense pour toute cette souffrance (putain de morale judéo-chrétienne), et me mets à compter sérieusement sur huit assistantes dansant nues à l'issue de ce calvaire. Finalement, il revient d'un air très pressé, me dit que ça ne tiendra peut-être pas éternellement, et a l'air très surpris quand je lui dit que ça fait mal. Après un examen plus approfondi (10 secondes de tapotage et de "does it hurt here ?"), j'ai droit à un "I give you antibiotics, come see me again next week" qui ressemble fort à un "vous êtes bien brave mais là j'ai pas le temps".
Next week c'est demain, et je n'ai finalement pas si peur. Dans le pire des cas, ma catégorie Dentiste vivra à nouveau, et dans le meilleur des cas, j'aurai tout de même les poignées de porte à photoblogger. À moins que tout aille bien niveau dents et que les portes aient été changées dans la semaine, mais ce serait vraiment jouer de malchance.